Cette semaine aura été bien agitée finalement. Jeudi, coup de téléphone de mon père m’apprenant le décès d’une personne très proche de ma famille, du coup, vendredi après-midi, RTT et déjà-vu : même fin, même église, même assistante du curé, même cérémonie, même cimetière… que ma grand-mère il y a deux ans, ça remue…
Vendredi soir, j’ai fait mon sociable : Mister Mousse, Tomdom, Charles et moi, dîner au Kofi du marais, un verre au Tropic et Club 18. Je ne sais pas dans quelle mesure l’enterrement de l’après-midi a joué, mais il n’était certainement pas seul responsable de mon malaise : je ne me sentais plus du tout dans mon élément avec tous ces mecs – souvent mignons d’ailleurs – qui passent et repassent devant toi en donnant l’impression qu’ils n’ont rien dans le crane. Attention, je ne dis pas qu’ils n’ont rien dans le crane, ou que j’ai envie de conchier le quartier comme le font certains que j’ai souvent critiqué ici ; mais depuis mon retour d’Espagne, et depuis ces deux mariages où j’ai eu l’occasion de retrouver tant de personnes – hétérosexuelles en l’occurrence, mais qu’importe – dont je me sens plus proche, non pas que mes potes gays, mais que toute cette population gay parisienne, depuis la fin de mes vacances donc, je ne me sens plus dans mon élément à parader dans le centre de Paris.
Je suis ingénieur, docteur, né dans le 16e, j’ai reçu une éducation assez bourgeoise. Longtemps j’ai cru que ma sexualité m’avait apporté d’autres valeurs, plus sociales, plus humanistes. Mais en revoyant tous ces amis ingénieurs, ayant peu ou prou reçu la même éducation que la mienne, et hétéros, je me suis rendu compte que toute une frange de mon milieu d’origine partage les mêmes valeurs que moi. Je l’avais déjà remarqué à la dernière gay pride, où j’étais d’enterrement de vie de célibataire : non seulement certains amis sont venus avec moi voir une partie du défilé, mais le discours qu’ils tenaient n’était pas celui de curieux venus regarder le show : leurs idéaux étaient les mêmes que les miens sur ces questions de société.
Sans renier les atouts de la mixité sociale – et je pense pouvoir dire que mon couple avec Mister Mousse représente un bel exemple de mixité sociale – il faut avouer que je suis autrement plus à l’aise au milieu des amis de mes amis ingés qu’au milieu des amis de mes amis gays ! En rentrant de vacances, j’ai emmené Mister Mousse dans deux restos : un avenue de Villiers, l’autre porte de Saint-Cloud. Honnêtement, je trouvais ça plus naturel que le Kofi du marais. C’est comme si je mettais un masque pour aller à Tataland, répondant à une forme de pression sociale, alors que je pouvais être complètement moi-même dans ces quartiers de l’ouest parisien où j’ai grandi.
En écrivant ces lignes, je repense à ce que j’ai appris en psycho : quand il y a un malaise, cherchez en vous, aucune circonstance anodine ne peut seule induire un malaise. Et la solution, je pense, est dans la dernière phrase du paragraphe ci-dessus : « mettre un masque pour répondre à une pression sociale ». Je pense être arrivé à un point dans ma vie, où il est temps de tomber les masques. (À suivre !)